Il était une fois...

Publié le par bergere

    La petite histoire que je vais vous compter est vraie, véridique, véritable. Je l'ai vécue ce week-end... Elle a été effrayante. Si à présent je me marre et  joue les dures à cuire, je peux vous assurer que sur le moment je riais plutôt jaune. Tout commenca pourtant si merveilleusement bien. Jeudi matin deux de mes collègues et moi "décollons" pour le sud de la Georgie. Direction Sapelo Island. C'est ma première campagne de terrain depuis presque 3 ans. Je suis super impatiente de remettre les mains dans la boue, de découper du sediment, d'échantillonner, de passer des nuits blanches au labo. Il fait beau, très beau, très très beau... On bat d'ailleurs des records de chaleur (36oC certe mais 77% d'humidité, je vous laisse imaginer...)

    Après 4 h de route, nous arrivons au ferry... Après un shoot d'embruns marins, je découvre enfin Sapelo Island. Il faut dire que durant toute ma thèse j'ai entendu parler de Sapelo. Alors que je me gelais les pieds dans l'estuaire de l'Escaut, j'entendais des "à Sapelo, il fait chaud" par çi et des "à Sapelo, c'est plus beau" par là...).
Je découvre donc enfin la forêt sub tropicale de Sapelo et sa plage déserte de sable blanc (ahlala le bonheur d'une plage déserte en été)


    Vendredi malgré la chaleur écrasante, malgré les moustiques voraces, je découvre ce petit bijou insulaire. Car Sapelo est un endroit special, une réserve naturelle protégée, comptant un peu moins d'une centaine d'habitants et un centre de recherche. Il s'agit en faite d'un grand laboratoire de recherche à lui tout seul. Si vous vous y promenez (mais il vous faudra pour cela faire partie d'une visite guidée, avoir une autorisation spéciale ou une invitation d'un local1) vous pourrez y rencontrer Jeko (le "chasseur" d'alligators, qui sort la nuit pour attraper les animaux et les baguer, afin de les recencer), ou Richard (le mécano  qui sera votre fournisseur officiel en crabes) ou encore Jessie (What's your name? Christal? But that's a strip name! (comprendre nom de strip-teaseuse) grace à qui je suis définitivement affublée de ce sobriquet, christal the strip)...


    Mais la véritable histoire débute Samedi matin aux aurores. Sur notre petit bateau, nous voguons sur les eaux de l'Altamaha. Certes je ne sais pas encore comment je vais surmonter ma frousse... Car un des habitants de la rivière est l'alligator. J'ai beau expliquer à mes trois comparses qu'en Europe nous n'avons aucun animal mortel (même pas une petite araignée veineneuse, ou de scorpion...) et que bon me retrouver nez à nez avec un alligator de 2 m de long, ça me fou un peu (un tout petit peu) les choquotes, ils se marrent. Ils me prennent sans doute pour une poule mouillée de francaise, et me disent que je n'ai rien à craindre car les alligators n'attaquent pas l'homme contrairement aux crocodiles (chose à retenir absolument pour mon prochain post doc, éviter l'Australie). Bref! Nous déchargeons le matos sur la berge supérieure de la rivière (je reste au sec entourée de spartinas de 2 mètres de haut et au milieu des sauterelles géantes aux pinces tranchantes, toujours plus facile à gérer qu'un alligator), la thésarde se met à l'eau (et là je le vois bien qu'elle n'est pas si rassurée que ça) et nous voila partis à maniper sous un soleil de plombs.


    Et puis soudain des raffales de mitraillettes déchirent ce silence sauvage. On se rassurent en se disant qu'il doit y avoir un camp d'entrainement pas très loin et qu'il s'agit "seulement" de manoeuvres militaires avec des balles à blanc... Et puis soudain on entend un ppppzuiiiiiiiiiiiittttttttt... Pas facile de vous retranscrire le son, mais typiquement il s'agit du genre de bruit qui vous fait vous jeter à terre (ici, dans la boue). Nous sommes 4 à flipper comme des fous. Des balles à blanc, ça ne sifflent pas. Suis pas une pro (j'ai jamais vu d'armes de ma vie) mais j'ai avec moi 3 américains pure souche qui sont là pour me le confirmer. Et là mes amis, j'aime autant vous dire qu'alligators ou pas, et bien vous plongez dans la boue si cela peut vous protéger. Que faire dans une telle situation? Remercier la technologie, et faire le 911 sur son portable... Demander le numéro du poste de police le plus proche et interroger l'agent de service... Non non pas de camp d'entrainement dans le secteur. Par contre il y a une plantation à quelques centaines de mètres, et texto il nous dit:
- "That's probably the good boys from the plantation that are having fun".
On demande ce qu'on peut/doit faire dans ce cas là
- "Nothing, that's private proprety..."
En résumé, ils ne pourront intervenir que si nous sommes touchés... Nous sommes décomposés. Des civils qui ont des mitraillettes (oui oui car il n'y en a pas qu'une seule) et accessoirement des grenades (je vous jure que je vous raconte pas de craques) et qui se détentent ainsi un samedi après-midi, ça vous fait réellement froid dans le dos. En désepoir de cause, nous avons tiré 2 fusées de détresse, histoire de prévenir les "good boys" de notre présence et qu'ils évitent ainsi de tirer dans notre direction.


    Nous avons continué à maniper (que ne ferions nous pas pour la science!!!) avec accessoirement quelques "jetés à terre"... Nous sommes quand même rentrés, sains et saufs... Morale de cette histoire, je n'ai plus peur des alligators...
 

Publié dans Good Mood in US

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JvH 05/09/2007 09:31

Mamma mia!!! J'ai eu la chaire de poule en te lisant!!!

Jiminix 20/08/2007 02:48

Elle fait froid dans le dos cette histoire...déjà qu' un alligator ce n' est pas rassurant, alors une bande d' excités armés jusqu' aux dents...tes photos sont magnifiques, et la vue d' une plage de sable blanc désertique est incomparable...

marie 19/08/2007 08:06

au fait... c\\\'est brad pitt ton collègue? ou c\\\'est la photo qui lui donne un air de?!!!

bergere 19/08/2007 22:11

Brad Pitt avec les cheveux longs peut être... Mais en tout cas, c'est un vrai magnet à minettes. Pour la house warming il s'est quand meme pointé avec 3 minettes grandes et blondes (des etudiantes allemandes qui passent l'été sur SAPELO)...

Anorak 18/08/2007 10:15

Et ben dis donc... En tout cas, le lieu a l'air très joli... un peu dangereux mais joli...Ps : la dernière photo semble tirée d'un film d'aventure.. superbe angle ! si tu avais eu une petite caméra... ;-)))

bergere 19/08/2007 22:13

Un petit bijou! C'était vraiment exotique pour moi... Et je vais y retourner souvent pour le terrain, donc la prochaine fois je pourrais enfourner dans mon baluchon une petite camera... Bonne idée Anorak...

Froggie 17/08/2007 18:05

La Géorgie, c'est un état du Sud, où le Redneck pululle autant que les moustiques :O)Je constate cependant que tu as quand même trouvé le courage de prendre une photo de ton collègue avec son pistolet de détresse !

bergere 17/08/2007 20:11

Bon sens de l'observation Froggie. Nous avons tiré les fusées de detresse pendant les quelques moments de calmes (parcequ'ils n'auraient jamais pu entendre nos tirs alors qu'ils étaient en train de tirer) et puis aussi parceque j'étais sure que personne ne me croirait (quoique cette photo ne prouve rien). Mais crois moi, cette photo ne m'a demandé aucun courage pour la simple et bonne raison que j'étais quand même applatie au fond du bateau. Je sais à present que je n'aurais jamais le courage de faire reporter de guerre, ou même d'aller aider les gens dans les pays en guerre...